Mohamed Darwashe est un des directeurs
du Centre pour la ¨Paix à Givat Haviva et un
ancien conseiller politique de la Liste arabe Unie.
Les sondages nous montrent que la majorité des Israéliens et des Palestiniens souhaitent une solution pacifique à ce conflit. Il y a un sentiment de fatigue et d’en avoir trop fait. Le prix de la paix entre les deux peuples est connu de tous , il sera proche de l’accord qui a failli être signé à Taba en février 2001.
La majorité des Israéliens et la majorité des Palestiniens comprennent qu’il y aura deux états qui vivront en paix l’un avec l’autre et, qu’il doit bien avoir un moyen d’y arriver, acceptable des deux cotés. Maintenant, la feuille de route du quartet et les rencontres des leaders des deux camps ont redonné l’espoir que la construction de la paix est possible.
Deux fois dans le passé nous avons connu une telle situation, une première fois sous Yitzhak Rabin et une seconde fois sous Ehoud Barak. Par deux fois nous avons été très proches de la paix, et par deux fois nous avons échoué.
L’une des raisons principales est que les dirigeants ont été plus vite que leur peuple, qu’ils nont pas associé dans ce processus ni l’israélien de base, ni le palestinien de base. Les peuples ont ressenti que leurs dirigeants les trahissaient, que leurs craintes n’étaient pas prises en compte, et que l’on ne pouvait pas faire confiance à l’autre coté. Voilà les raisons ou les excuses qui ont fait que leurs dirigeants n’ont pas eu le courage de finir le travail.
Quand Binyamin Netanyahu était Premier Ministre, il s’est entièrement appuyé sur ces arguments, pour justifier sa politique et il n’a pas été poussé par les israéliens à agir autrement.
Dans l’autre camp, cela a été la même chose.
Dans l’élaboration d’une paix, il ne suffit pas de faire des accords diplomatiques entre les dirigeants; un processus de réconciliation entre les peuples en conflit est nécessaire. Cela ne doit pas empêcher les efforts diplomatiques, mais cela doit plutôt être un effort complémentaire. C’ est ce que l’on nomme « la deuxième voie ».
On doit réfléchir également à la responsabilité commune qui nous a entraîné dans cette situation difficile. Ariel Sharon et Mahmoud Abbas(Abou Mazen) ont entrepris un effort important,
La majorité silencieuse des deux côtés doit s’exprimer pour qu’ils réussissent.
J’ai passé un week-end à Ramallah, à rencontrer des dirigeants palestiniens, en particulier le Dr.Hani al-Hassan, qui dirige l’Agence de Sécurité Palestinienne, celui là même qui était candidat au poste de Premier Ministre Palestinien, et qui fut l’un des fondateur de L’OLP dans les années 60. Je voulais connaître le niveau d’engagement des Palestiniens dans le processus de paix actuel, et les pousser à engager les masses palestiniennes à le soutenir. J’ai eu des rencontres similaires avec des dirigeants israéliens et je leur ai demandé la même chose.
Je dois dire que j’ai été abasourdi dés le début de la rencontre. Al Hassan a commencé par dire : « nous avons besoin d’examiner ce qui a dérapé. Nous sommes venu après avoir accepté le fait que nous avons besoin de créer un état aux côtés de l’état d’Israël, c’est notre agenda national et il est différent de notre agenda religieux. Notre choix est de vivre en paix. »
Ce langage est rarement entendu par les Israéliens, qui demandent sans cesse : ou est le mouvement palestinien pour la paix ?
J’ai questionné Hassan à ce sujet, il m’a répondu que c’était l’Autorité Palestinienne qui représentait le mouvement de la paix palestinien. J’ai essayé de lui expliquer que les israéliens ont besoin de voir le public palestinien s’engager dans cet effort pour réinstaller la confiance.
Il va sans dire que les palestiniens ont besoin de voir le public israélien s’engager dans des actions pour la paix.
Les efforts diplomatiques sont nécessaires pour donner un nouveau cadre sur la question des frontières, de Jérusalem, des réfugiés, la coopération économique, l’eau etc. Mais cela n’ira pas au-delà d’un cessez-le-feu. La paix a besoin des gens de la rue et cela ne peux arriver que si ils se sentent impliqués eux- même.
En plus des mesures de sécurité que doit entreprendre l’Autorité Palestinienne, les Palestiniens ont le devoir de montrer leur bonne volonté, en tant que nation, vis à vis de l’israélien moyen. Cela nécessite de montrer cette bonne volonté et ne pas la garder cachée dans leur cœur.
Les Palestiniens ont besoin de voir la fin de l’occupation, mais aussi de voir de réelles mesures, qui leur prouveront que ce n’est pas seulement une mesure tactique afin de d’endurer les pressions internationales et qui sera détournée à la fin du chemin.
Seule une volonté clairement exprimée par le peuple israélien et bien perçue par les Palestiniens permettra de construire la confiance dans ce moment critique, dans cette troisième tentative de bâtir la paix.